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Bombe télécommandée, poison, haine de la France… L’inquiétant profil de l’auteur de l’attentat de Lyon

By 31 mars 2025Actualités

Par Jean Chichizola pour le Figaro

 

RÉCIT – L’Algérien Mohamed Hichem Medjdoub, 29 ans, est jugé à partir de lundi. Le 24 mai 2019, il avait fait exploser un engin infernal en plein centre-ville lyonnais, blessant plusieurs personnes, dont une fillette de dix ans.

Un accusé clamant jusque dans sa cellule sa haine des mécréants et de la France mais soutenant, contre l’évidence, ne pas avoir voulu tuer. Un diplômé de l’enseignement supérieur au discours structuré se donnant volontiers des airs de petit « guide » djihadiste…

Sur le papier, le profil de l’Algérien Mohamed Hichem Medjdoub, jugé du 31 mars au 7 avril pour un attentat perpétré à Lyon le 24 mai 2019 (25 victimes dont 15 blessés physiquement et dix choquées psychologiquement), rappelle furieusement celui d’un autre terroriste algérien : le journaliste Farid Ikken, condamné en appel en 2021 à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir attaqué des policiers sur le parvis de Notre-Dame le 6 juin 2017. En première instance, ce dernier avait notamment assuré devant la Cour d’assises spécialement composée : « oui j’ai toujours aujourd’hui le sentiment du devoir accompli » et ajouté : « Merah, Coulibaly, Kouachi, ce sont des frères, des martyrs, des moudjahidins qui ont mené des actions de représailles. »

Mais le procès qui s’ouvre lundi devant la Cour d’assises spéciale s’annonce plus intrigant encore notamment en raison de la dangerosité potentielle plus élevée de l’accusé. Car si Farid Ikken, ce littéraire de 48 ans, doctorant en communication, était « simplement » armé d’un marteau et de couteaux, le scientifique Mohamed Hichem Medjdoub, 29 ans, titulaire d’une licence en mathématiques et informatique de l’université d’Oran, a su confectionner un engin explosif avec un dispositif de déclenchement à distance. Avant de déposer sa bombe un vendredi du printemps 2019, à 17h26 très exactement, devant une échoppe de boulangerie industrielle située dans une rue piétonne et très fréquentée du centre-ville lyonnais.

TATP, vis et billes métalliques

Placée sur un bloc en béton surélevé, la machine infernale était composée de vis et billes métalliques associées à du TATP (entre 250 et 400 grammes), explosif artisanal prisé des djihadistes, le tout rassemblé dans un emballage en carton. Son explosion, déclenchée à 17h28, a projeté des éléments métalliques aux environs, certains étant retrouvés à plus de 150 mètres du lieu de l’explosion. Deux commerces ont notamment été criblés d’impacts et pas moins de 43 vis et 231 billes métalliques seront ramassées sur place.

De nombreuses victimes, dont une fillette de dix ans, avaient été blessées. Et au vu des faits, cet attentat aurait pu tuer. Au demeurant, selon un expert, repris par les magistrats instructeurs dans leur ordonnance de mise en accusation, « cette quantité d’explosif, si elle avait été utilisée dans un confinement plus résistant (un tube métallique par exemple) « aurait vraisemblablement engendré plus de puissance » » et donc causé plus de dégâts.

Et il faut encore ajouter l’achat de graines de ricin par un terroriste friand de manuels djihadistes relatifs aux substances toxiques et notamment à la ricine, un poison extrêmement violent et sans antidote. Depuis des décennies, l’idée d’utiliser une telle substance a été caressée, pour le moment sans succès, par des générations de fous de Dieu islamistes.

L’ombre de la ricine

Les juges ont toutefois souligné que « l’hypothèse, d’abord envisagée, de présence de ricine dans l’engin explosif, ne pouvait être ni formellement confirmée, ni totalement exclue ». Mais l’attitude de l’accusé semble sans ambiguïté sur sa volonté de nuire. Confronté au cours de plusieurs auditions à la découverte par les enquêteurs de l’achat des graines de ricin début avril 2019, un peu plus d’un mois avant l’attentat, Mohamed Hichem Medjdoub avait souri tout en gardant le silence. Puis il avait nié avoir placé de la ricine dans sa bombe mais, interrogé sur la raison pour laquelle il s’était procuré ces graines, il avait lâché : « c’est à vous de le trouver ».

Il appartiendra donc aux magistrats de la cour d’assises spécialement composée de prendre le relais pour tenter, sans aucune garantie de résultat, d’y voir plus clair sur ce dernier point. Et sur beaucoup d’autres. Car le procès sera l’occasion de revenir sur la personnalité de cet homme, sur lequel plane une lourde peine pour tentatives d’assassinats et infraction à la législation sur les explosifs, le tout en relation avec une entreprise terroriste.

Mohamed Hichem Medjdoub est arrivé en France dans le sillage de ses parents, ayant quitté l’Algérie en 2015-2016 en raison, selon leur fils, du chaos administratif et de la corruption locale. L’homme, en situation irrégulière au moment des faits, a affirmé au cours de l’instruction se considérer comme un soldat de l’État islamique, qui n’a toutefois pas revendiqué son action. Il n’a cessé de proclamer qu’il menait un « combat politique » au nom de l’Islam et était convaincu de « défendre la bonne cause, même si on doit finir en morceaux ou en prison ». Il évoquait aussi son idéal de martyr, qu’il n’a toutefois pas mené à bien.

« Juste pour tuer des juifs »

En 2023, l’accusé avait été confronté au contenu de son ordinateur, longtemps protégé par le système de chiffrement qu’il avait mis en place. Devant cette masse de vidéos et documents hurlant au massacre, il avait reconnu détester « tous les mécréants » et tout particulièrement les juifs. Il avait même plaisanté au sujet d’un « tuto spécial juste pour tuer des juifs » découvert dans l’ordinateur…

Sauf retournement spectaculaire, Mohamed Hichem Medjdoub, qui a multiplié les incidents en détention et recherché les contacts avec des codétenus islamistes, devrait poursuivre sur cette voie devant ses juges. Seize parties civiles, des victimes et deux associations (la Fenvac représentée par Me Pauline Ragot et l’AfVT par Me Géraldine Berger-Stenger), assisteront au procès. Face à un accusé, note Me Ragot, dont la « radicalisation extrême, violente et revendicative constitue toujours un danger pour notre société ».

 

Source : Le Figaro

 

« Si j’avais voulu, j’aurais fait sauter la Part-Dieu » : le suspect de l’attentat de Lyon nie avoir voulu tuer mais promet d’autres attaques

Par Antoine Sillières pour le Figaro

 

L’étudiant en informatique de 24 ans avait blessé 15 passants de la rue Victor-Hugo en faisant exploser un engin fabriqué dans sa salle de bains, qui avait criblé de projectiles cette artère commerçante de Lyon en mai 2019. Il sera jugé la semaine prochaine pour tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste.

L’image du bras cassé transportant sa bombe à vélo dans une boîte de Pringles avait rapidement été balayée par les enquêteurs antiterroristes. Âgé de 24 ans au moment des faits, le suspect de l’attentat de Lyon, qui reconnaît son geste, est apparu au fil de l’instruction particulièrement préparé et déterminé à frapper la France au nom du djihad islamiste, selon les nombreuses pièces consultées par Le Figaro. Il soutient pourtant depuis son arrestation ne pas avoir voulu tuer lorsque, cet après-midi ensoleillé de mai 2019, il déclenche sa bombe dans une artère commerçante de Lyon.

Le dispositif de mise à feu du TATP, l’explosif fétiche de Daech, fabriqué dans la salle de bains familiale de la commune voisine d’Oullins, avait été élaboré sur la base de vidéos en ligne et de brochures de propagande de l’État islamique. Quinze personnes, dont une fillette de 10 ans, avaient été blessées mais aucune mortellement par les 274 vis et billes de métal contenues dans le tube de chips. Dix autres parties civiles feront valoir un retentissement psychologique à l’audience. Toutes ont souligné la violence de l’explosion déclenchée à 17h28 ce 24 mai, rue Victor Hugo, tout près de la place Bellecour.

«Je sais très bien comment fabriquer des explosifs, si j’avais voulu, j’aurais fabriqué des explosifs pour détruire la Part-Dieu (…) ou tuer des centaines de mécréants maudits», fanfaronnait l’accusé dans une lettre rédigée à sa famille en langue arabe peu après les faits. «Il ne veut pas se défendre, il déteste la terre entière, il reconnaît tout mais pas l’intention létale et la procédure n’a pas pu le prouver», souligne son avocate Me Fanny Ginsburg.

Ce sera le principal enjeu de droit lors de l’audience qui s’ouvrira ce lundi et pour une semaine devant la cour d’assises spéciale de Paris. Lors de ses nombreuses auditions, le jeune homme a assuré avoir positionné les projectiles au bas de son engin explosif, de manière à orienter les gerbes vers des zones non vitales.

274 projectiles dans un tube de Pringles

Des assertions contradictoires avec le fait d’avoir déposé la bombe sur un plot en béton. «Les expertises ont démontré une vraie volonté de tuer, oppose ainsi Me Yves Hartemann, avocat lyonnais de deux parties civiles faisant valoir un retentissement psychologique. S’il ne veut pas tuer pourquoi dépose-t-il la bombe à hauteur d’homme un vendredi après-midi dans une rue commerçante ?». Les conclusions des expertises balistiques, que nous avons pu consulter, ont relevé des impacts de projections à plus de deux mètres du sol.

Des projectiles ont été retrouvés sur 150 mètres, tout au long de la rue Victor Hugo, illustrant la violence de l’explosion, retranscrite par les témoins. Celle-ci aurait en réalité pu être beaucoup plus importante. Les passants de ce jour-là ne doivent probablement leur salut qu’à la mauvaise qualité du TATP et au fameux tube de Pringles contenant l’explosif. D’après l’expert de la police scientifique, «un confinement plus résistant aurait engendré plus de puissance».

Ces éléments ont convaincu le parquet national antiterroriste (Pnat) de poursuivre le jeune homme pour tentative d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste. Une entreprise terroriste qui ne fait guère de doute au vu des déclarations de l’accusé, arrivé en France depuis son Algérie natale deux ans auparavant pour y retrouver ses parents. Il voulait «terroriser la population même pour aller chercher leur pain», comme revendiqué tout au long de l’instruction judiciaire. Radicalisé sur internet, le terroriste dit avoir agi à la veille des élections européennes pour «faire peur aux Français et les pousser à voter pour l’extrême droite, ce qui exacerberait le conflit avec les musulmans et provoquerait une guerre civile en France», résume le Pnat en procédure.

«Si je prends un Français, je vais le découper en mille morceaux»

S’il nie l’intention létale dans son attentat de 2019, celui qui se surnommait Al Saffah, pour «l’égorgeur», sur un de ses comptes Telegram en lien avec des chaînes djihadistes, revendique la volonté de tuer à l’avenir. Arrogant face au juge d’instruction, il ira jusqu’à renouveler son allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi devant les enquêteurs et menacer les surveillants de prison. En cinq années de détention provisoire émaillées de nombreux incidents, le jeune homme a cultivé derrière les barreaux l’image d’un djihadiste déterminé, violent, sportif et prosélyte. Une aura nouvelle pour cet étudiant en informatique, qui se plaît par exemple à conseiller Salah Abdeslam sur sa stratégie de défense à la veille du procès des attentats de Paris.

«Il n’est absolument pas dans la taqyia», cette stratégie de dissimulation consistant à contourner les processus de déradicalisation, s’accordent plusieurs acteurs du dossier. La procédure, clôturée début 2024 laisse au contraire apparaître une personnalité profondément ancrée dans un projet de violence djihadiste. Ses liens avec Daech n’ont pu être établis par l’enquête, mais l’accusé de 29 ans aujourd’hui affiche un «soutien persistant à l’EI», dont il glorifie les attentats et grave le drapeau en cellule 

«Il se définit comme un soldat de l’islam et donne toujours un sens profond à son attentat, appuie Me Pauline Ragot, avocate de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac), partie civile à l’audience. Compte tenu de cette dangerosité, la peine devra protéger la société en le mettant hors d’état de nuire.» 

L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité, éventuellement assortie d’une incompressibilité de cette peine comme pour l’auteur de l’attentat de la basilique de Nice le mois dernier

Le jeune homme présente la prison comme une étape nécessaire de son parcours et annonce un futur «carnage». Et multiplie d’ailleurs les tentatives de radicalisation de ses codétenus. «Demain si je sors, je fais un attentat», lançait-il plein de morgue à l’automne 2019 devant ses pairs de la prison de la Santé. Il n’a pas varié depuis, se décrivant encore en 2023 «en guerre contre la France», face à un conseiller de probation dont le rapport souligne le «risque de passage à l’acte violent»« Si je prends un Français (…), non seulement je vais le décapiter mais je vais le découper en mille morceaux », insistait-il alors.

Encyclopédie des poisons en 33 pages

Des propos limpides auxquels l’expertise artificière de l’accusé donne une teneur glaçante. Après avoir compilé une abondante documentation au fil des années, il était parvenu à préparer sa bombe, seul dans la salle de bains familiale avec du matériel commandé sur Amazon. Dans son disque dur savamment chiffré, il détenait une «documentation dense, tant technique qu’idéologique» en matière de djihad. Les enquêteurs y ont retrouvé des vidéos de propagande par dizaines, un «tuto spécial juste pour tuer les juifs» ou encore cette encyclopédie des poisons en 33 pages. Une connaissance que le terroriste dit aujourd’hui dispenser à ses recrues derrière les barreaux.

Outre les notices de fabrication d’explosifs, d’armes à feu en 3D ou de bombes au chlore ; les policiers ont été interpellés par les livraisons de grains de ricins, mentionnées dans son historique d’achat en ligne. Ce poison connu pour sa forte toxicité avait alimenté les doutes sur une potentielle arme chimique en préparation. Doutes jamais confirmés par l’enquête, ni démentis par l’intéressé.

Source : Le Figaro